Les Obsédés Textuels

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Border Lignes

Lus récemment...

Sangars.jpg Les Verticaux de Romaric Sangars. Léo Scheer
Ah, le syndrome du premier roman ! Tout écrivain a connu cette irrésistible tentation de mettre dans ces pages inaugurales l’essentiel de sa pensée, le condensé de sa vision littéraire, le déroulé d’une fiction (ou d’une autofiction) cent fois remâchées. Romaric Sangars (pseudo ?) est à ce point de vue des plus emblématiques. Ses Verticaux recèlent tous les défauts et les qualités d’un texte censé porter votre conception de l’écriture, de la narration et dans le cas de Sangars la langue. Trop de style tue le style. Drieu écrivait à ce propos dans la préface de Gilles : "cette zone de contorsions ou de complaisances que forme pour tout écrivain français le drame du style" Sangars manie certes la langue avec brio, se rendant maitre d’une syntaxe sophistiquée, depuis longtemps inusitée par ses pairs en mal de compétence grammaticale. Mais, entre quelques fulgurances authentiquement superbes se tisse un réseau stylistique opaque et trop souvent abscons. De fait, cet hermétisme esthétique nous renvoie à l’intrigue – aux accents surréalistes – mettant en scène plusieurs jeunes trentenaires parisiens essentiellement concernés par l’Art, l’honneur de la création et l’acte gratuit. Vincent, chroniqueur littéraire et ses acolytes aux pedigrees encore plus vagues mais bourrés d’un talent électrique et d’une audace communicative (Emmanuel Stark, sorte de Breton avec des couilles et Lia Silowsky ressemblant à une Kathy Acker indécise) vont s’attaquer à la manière d’un groupe dadaïste déprimé aux symboles du capitalisme urbain en mettant sur pied de ci de là des opérations commando dont le pathétique assumé renvoie encore à la littérature quand elle est aussi belle que gratuite invitant les auteurs à y conformer leurs propres vies (Mishima, Artaud, Vaché…) Les Verticaux est un roman précieux. Dans toute l’acceptation du terme.

Torchio.jpg Sur l'Ile, une Prison de Maurizio Torchio. Denoël
De François Villon à Jean Genet en passant par Edward Bunker, la littérature de prison circonscrit une chronique de l’inhumanité. Sur l’Ile, une Prison ne déroge pas à la règle jusqu’à mettre à jour une véritable grammaire carcérale contemporaine. Contrairement à ce qu’indique la 4e de couverture, il n’y a guère de rapport avec le film Un Prophète qui participait d’une intrigue complexe. Ici, seul le désagrègement des valeurs humaines trouve sa place. Maurizio Torchio – italien oblige – lorgne davantage du côté de Gomorra avec son regard oblique et glacial sur le règne de l’enfermement. Un homme qui a séquestré la fille d’un magnat du café transalpin et tué un gardien nous fait le commentaire de cette vie invivable. Nous raconte Toro caïd finissant devant bientôt laisser son magister à de jeunes truands. Il évoque aussi Commandant, le directeur de la prison qui depuis longtemps a fixé les règles de la geôle tentant vainement de les conserver. En fait, le seul patron de la prison reste le mal – omniprésent. Détenus et gardiens embarqués sur le même bateau... Chaque camp a ses lois, ses règles de survie mais aussi ses choix de mort. Le suicide est le compagnon noir du quotidien de la population carcérale. Les détenus sont souvent prêts à tout pour en finir comme Pisco qui s’arrache les veines à coup de dents. Les matons eux ("les gardiens de la méchanceté") en finissent avec un revolver subtilisé au dépôt d’arme. Écrit dans une langue de feu, Sur l’Ile, une Prison est une révélation. Dans une écriture de la douleur où aucun optimisme n’affleure, Torchio nous laisse à voir bien plus que l’horreur pénitentiaire, il définit ce qui déjà préside à l’extérieur : "être considéré pour ce que tu as fait de pire". Sans espoir de retour.

Cahalan.jpg Ma Vie en Suspens de Susannah Cahalan. Denöel
Qui n’a jamais – à la faveur d’une brève hallucination, d’une perte de mémoire ou d’un terrible chagrin – redouté de devenir fou ? Cette crainte séculaire qui touche les humains marque pour tous un point de non-retour fatal et un horizon qu’Alzheimer a rapproché. Au début de son récit, Susannah Cahalan est loin de tout ça. Elle a vingt-quatre ans, en pleine santé, habite Hell’s Kitchen et travaille comme journaliste au Post. Soudain, tout va basculer et son état mental et nerveux va se dégrader à toute allure. Crises d’épilepsie à répétition, comportements psychotiques, agressivité et pertes de mémoire vont constituer les premiers symptômes qui seront diagnostiqués comme des réactions à un sevrage alcoolique, elle qui ne boit pas plus… de deux verres de vin par jour ! Dans Ma vie en Suspens, le projet ambitieux de Susannah Cahalan est de dresser la chronique de sa folie comme un journal écrit avant, pendant et après sa plongée dans l’horreur de la démence brutale, la faisant ressembler à l’héroïne de L’Exorciste. Atteinte d’un mal extrêmement rare (encéphalite à anticorps anti-récepteurs NMDA) ou du moins quasiment jamais établi, elle va être sauvée par un médecin d’origine syrienne à la perspicacité et aux qualités humaines hors du commun. Grâce à ce praticien et à son équipe, Susannah va progressivement sortir d’un enfer médical et psychologique qui font froid dans le dos. Par un traitement extrêmement lourd qui coutera un million de dollars ( !), Susannah Callahan redeviendra elle-même et pourra écrire d’abord un article Mon Mystérieux Mois de Démence et ce livre difficile à la grande documentation médicale, écrit en particulier pour aider les malades et les familles liés de près ou de loin à cette horrible maladie

CCastillon.jpg Les Messieurs de Claire Castillon. L'Olivier
Il y a quelque chose du domaine du mépris, du dégout… de la vengeance même dans ce subtil et dérangeant Les Messieurs de Claire Castillon. En effet, la meilleure auteure française livre le long de 21 textes consacrés à des amours décalés (jeunes femmes et vieux messieurs) de petites histoires délavées, ironiques et blessées. Loin d’un Adolphe archétype du roman d’initiation traversé par la douleur, d’un Lolita (ces femmes sont adultes…) et les Messieurs ne sont pas nympholeptes comme Humbert Humbert, ou des péripéties d’un Matzneff, magnifiées dans des romances au sucre pervers. Les Messieurs met en scène des jeunes femmes (autour de 20/25 ans – certaines sont même mamans) attachées (pourquoi ? on ne le saura jamais vraiment) à des hommes finissants, flétris, sans charme. L’auteure prend délibérément le parti du désintéressement, de la froideur, de la narration réaliste où l’amour tel qu’on l’entend peine à trouver sa place. En lisière, ce dernier est subalterne, présent mais maltraité. Il a existé, existe, mais pourquoi, pour combien de temps ? Nul ne le sait. Ne cherchez pas dans ces textes tranchants, féroces mais saturés d’ironie quelque romantisme idéalisé. Ces jeunes femmes sont avec des hommes vieux, parcheminés, mariés parfois et elles en font le rapport comme l’on établit un carnet de santé. Avec humour souvent, elles décrivent leur relation sans donner l’envie de les imiter. Jamais primesautières, ces nymphettes donnent à Claire Castillon l’occasion une nouvelle fois de creuser ce fossé fangeux qui règne entre les hommes et les femmes.

NMattei.jpg Les Amours Anormales de Noël Matteï. E38
Il est fréquent que nous soyons sollicités par des maisons d’éditions confidentielles ou par des auteurs eux-mêmes pour rendre compte de leur travail. Les plus pertinents se calant sur notre ligne éditoriale. Notre accueil est généralement bon d’autant que souvent les textes sont de bonne facture. Les Amours Anormales de Noël Matteï s’inscrit dans ce type de rencontres. Évitant comme toujours de lire les quatrième de couverture qui feraient passer n’importe quel roman de gare pour du Le Clezio, nous avons donc pris à bras le corps ce long poème amoureux tournant au drame criminel et en sommes ressortis essorés comme exsangues. Qu’en est-il donc pour qu’un critique rompu aux pires situations se trouble comme un jeune copiste ? Matteï met en scène banalement et sans effet de style ni de décor deux collègues de bureau – style dans le numérique – dont un des deux Carol, dévasté par la mort de son jumeau dix ans plus tôt, cherche à retrouver cette gémellité dont on sait qu’elle est proche de l’amour avec Thomas, métrosexuel type dont il partage les pause clopes depuis des années au boulot tout en s’imaginant être son "absurde obsessionnel". Ni ami, ni amant, ni frère, Carol brule que Thomas lui trouve une place inédite dans sa vie, à part. Dès lors, on l’a compris, nous pénétrons le règne de l’idée fixe, le territoire de l’obsession où la manipulation et la folie vont dévaster tout sur leur passage. Le talent de Matteï, musicien de formation, réside principalement dans la création d’un climat très particulier saturé de tension, vidé de toute logique, élégiaque et hanté. Il aime y rajouter une bande son très indé qui affute davantage les sens. Cette beauté cruelle font de ce second roman une pièce de choix dans le difficile exercice des rapports au délire psychologique

dor.jpg Les Méduses Ont-Elles Sommeil ? de Louisiane C. Dor. Gallimard
Depuis Confessions d’un Mangeur d’Opium de Thomas de Quincey, il existe une littérature "droguée" qui témoigne généralement de malaises générationnels et de vides existentiels mais aussi de plaisirs assumés. Des Paradis Artificiels de Baudelaire aux romans de Guillaume Dustan (Je Sors Ce Soir), Anne Scott (Héroïne) ou Patrick Eudeline (Ce Siècle Aura ta Peau) en passant par Le Feu Follet de Drieu La Rochelle, ce sont des parcours hantés qui s’offrent à nous. Itinéraires jalonnés du seul besoin du "produit" variable selon les époques et les musiques qui rythment ses prises. Louisiane C. Dor a un pseudo aussi peu convaincant que le titre de son court récit mais si nous avons retenu ce dernier c’est pour l’intensité de sa vérité, la force de sa candeur et la terrible pertinence de son propos délétère. Hélène, la jeune héroïne de ce texte létal, passe de l’extrême bien être – celui que seules la cocaïne ou la MDMA (Ecstasy) peuvent procurer (capacité intellectuelles décuplées, confiance en soi, proximité aux autres…) à l’extrême abandon de soi-même (perte de l’appétit, du sommeil, de l’estime de soi…) On la suit dans ces différentes étapes au cours de nuits électriques lors desquelles règnent la loi de l’oubli et la foi en la jeunesse éternelle. Accompagnée de ses amies lesbiennes et de petits copains aspirés par la drogue, l’auteur ne dissimule rien des bonheurs et des affres, affirme sa confiance dans l’avenir sans oublier de dire que le futur peut finir dans le mur de l’addiction : "Tous les gosses – moi compris – s’imaginent un avenir scintillant (…) Jamais aucun gosse et encore moins moi-même – n’a jamais prédestiné sa vie dans les limbes du rien". La justesse de ce récit consiste principalement dans cette triste et perverse bascule affreusement manichéenne qui conduit du plaisir à la douleur. De la vie à la mort.

Evénements et Biographies Malades

Lus récemment...

Gros.jpg Possédées de Frédéric Gros. Albin Michel
Quand on évoque les Possédées de Loudun, on parle à l’instar de Calas ou de Dreyfus, de L’affaire des Possédées de Loudun plaçant cet épisode au rang de la controverse. Laissant ainsi au doute une marge de manœuvre que l’Histoire rétrécit ou grandit à son gré. Frédéric Gros s’empare de cet événement du règne de Louis XIII après plusieurs ouvrages sur la question dont un, mémorable d’Aldous Huxley. En 1971, le réalisateur britannique Ken Russel signa avec Les Diables – sûrement sa meilleure production - un film mémorable, échevelé et lyrique sur cet événement associant politique, scandale et sorcellerie. C’est d’ailleurs de ce film volcanique et palpitant que l’auteur suit au mieux le script. L’histoire des Ursulines de Loudun et de l’Abbé Urbain Grandier connut en ces années soixante-dix un considérable retentissement à retardement, définitivement marquée pour le public français par un haletant Alain Decaux Raconte qui pétrifia ce soir-là les Français spectateurs d’une des émissions phare de la télévision de l'époque. En effet, l’affaire est une bénédiction pour un conteur ou un écrivain. Bien et Mal, Gloire et Déchéance, Culpabilité et Innocence, Pureté et Vice, Vérité et Mensonge… Tous ces concepts apparaissent dans l’histoire de Grandier et la précipitation de sa chute. Jeune abbé de Loudun dans le Poitou, Grandier est conscient de ses qualités d’orateur, de ses finesses de politique et de son charme de séducteur... ''(lire la suite...)''


Bohringer.jpg Quinze Rounds de Richard Bohringer. Flammarion
La mort plane sur ce livre. Cette mort qui a emporté tant des amis de Richard Bohringer. Cette mort qui avance de travers, en crabe. Le cancer. Il a rattrapé le bouffeur d’étoiles, le voyageur sans bagages, l’homme rempli "d’absences". Sans ce foutu cancer, pas sûr que Bohringer aurait écrit Quinze Rounds. En tout cas pas de cette manière. En retenue, en empathie. Comme s’il regrettait ses emportements et ses brouilles. Quinze rounds comme quinze chapitres de combats, de conflits, de zones de guerre. Contre la filiation difficile d’abord (fils de Boche...), l’héroïne ensuite puis l’alcool. Bref, la marginalité comme on disait à son époque. "Je n’ai pas de génie" écrit-il à tort ou à raison. Il rajoute qu’il a toujours été étonné du succès qu’il a remporté. Pourtant son génie ne doit qu’à cette extrême singularité du personnage. Irremplaçable braillard, griot blanc coureur de savanes hérissées de malheur. Le livre raconte ses rencontres avec les acteurs (souvent aimés), les amis (souvent disparus), les femmes (mal ou top aimées) et les voyages qui constituèrent souvent le seule cachet pour un film improbable. Quand on lit Bohringer, on écoute Nougaro, un peu Lavilliers... Il est fait du même bois que ces insupportables hâbleurs au souffle jupitérien. Cet homme aura été écrivain, chanteur, acteur, voyageur et… humain ! Un des plus beaux hommages qu’il rend dans ce beau livre nonobstant sa famille et sa fille Romane va à Bernard Giraudeau, frère de douleur, et à son film sidérant de beauté Les Caprices d’un Fleuve. Cet homme emporté après une résistance de 10 ans à la maladie apparait sous la plume de Bohringer comme le frère parfait que Richard, le vilain petit canard, aurait voulu avoir.

DDucret.jpg Lady Scarface de Diane Ducret. Perrin
D’une condition l’autre. De la vie intime des Femmes de Dictateurs aux statuts bafoués des femmes à travers les différentes figures qu’elle ont prises aux cours des siècles, en passant par une savoureuse description de ce que pourrait être "l’homme idéal", Diane Ducret creuse son sillon d’une étude précise, historique et stylée de la "féminitude". Ici, c’est sur les femmes de voyous, les fiancées de la poudre qu’elle porte ses recherches. Précisément sur celles des années trente. Filles de la pègre de Chicago réunies sous l’accrocheur sobriquet de Lady Scarface. On y retrouve tout ce qui a fait la réussite et le talent de ses Femmes de Dictateurs : minutie des recherches, habileté du schéma narratif et efficacité du style. Non seulement, Diane Ducret met en scène ces égéries particulières qui ont pour nom : Mae Capone, Kathryn Kelly, Louise Rolfe, Bonnie Parker ou Virginia Hill, précise leur rôles souvent capitaux auprès des plus grands truands (Al Capone, Juhn Dillinger, Bugsy Siegel ou Clyde Barrow) les aidant à commettre parfais les pire méfaits mais aussi jouant le simple rôle de femme aimante et dévouée. Une fois encore, l’auteure n’oublie pas d’expliquer les causes du mal (envie de mener une autre vie, révolte contre le carcan des bonnes manières et des préceptes bourgeois…) mais aussi de poser les diagnostics prononcés à l’époque par la société sur ces femmes indomptables qui personnifient et incarnent le vice par leurs comportements excessifs et leurs passions mortifères pour de sombres crapules. A bien lire, on est confronté dans ces attitudes délinquantes liées à l’éclosion de l’argent sale, à une nouvelle génération de femmes dont l’émancipation violente annonce quelque part celles que l’on connaitra dans les arts ou les droits civiques. Mae Capone, la plus sage d’entre toutes, incarne à merveille Lady Scarface et sa vie avec Al Capone est un peu le fil rouge de ce livre de passion et de sang. Mae Capone, gentille irlandaise discrète qui aima toute une vie de difficultés un bouillant italien. Dieu reconnaitra les siens !

Haffner.jpg Considérations sur Hitler de Sebastian Haffner. Tempus
Comme l’écrit Jean Lopez, le préfacier de cette bienvenue réédition revue de Considérations sur Hitler "Il n’est pas facile d’écrire sur Hitler" Sebastian Haffner, journaliste réputé avait en 1978 à l’âge de soixante et onze ans relevé ce défi en à peine deux cents pages quand les historiens officiels du Führer (en particulier Ian Kershaw) lui consacraient le millier de feuilles. A vrai dire, ces Considérations ne sont pas une biographie mais une réflexion voire une démonstration brillante et d’une formidable clarté sur la personnalité et l’action du dictateur. Haffner d’emblée constate "la vie étrangement légère, de peu de poids" de cet homme sorti de nulle part. Pas d’enfants, d’amis réels, de métier ou de culture. Un homme vivant comme un artiste ou un retraité qui passe de l’anonymat jusqu’à 30 ans à une place primordiale dans le concert international. Cet homme qui jusqu’en 1941 rassemblait 90% des allemands autour de son nom et de sa politique et qui fut en même temps vu par ces derniers - qui n’en devinrent pas tous nazis pour autant - comme une curiosité. Cet homme qui avait ramené au plein emploi un pays de six millions de chômeurs, avait réarmé et fait de l’armée allemande la plus puissante d’Europe resterait à jamais un mystère. Mystère qu’Haffner élucide de part en part en soulignant avec pertinence les réalisations, les succès, les erreurs, les crimes et les trahisons d’un monstre froid. (lire la suite...)

Nico.jpg Nico Femme Fatale de Serge Férey. Le Mot et le Reste
Au moment où la Philarmonia de Paris revient sur la carrière du Velvet Underground, Serge Féray auquel nous devions déjà Nico in Camera (1997) publie ce Nico Femme Fatale qui apparait déjà comme la biographie ultime en langue française de Christa Päffgen. Celle qui se révéla au monde comme frontwoman du Velvet eut plusieurs vies dans lesquelles elle se réinventa chaque fois faisant trace souvent au péril de sa vie. Que doit-on retenir du parcours de "la plus belle femme du monde" comme l’affirmait Andy Wahrol ? L’égérie collectionneuse d'hommes extraordinaires – sorte de Carla Bruni avant la lettre ! – vue aux bras de Dylan, Brian Jones, Morrison, Delon (dont elle aura un fils Ari que l’acteur ne reconnaitra jamais) ou Iggy Pop ; l’artiste underground qui, du Velvet à ses derniers albums, proposa sans cesse une musique et des textes en décalage des modes et des tendances – des apparitions blanches du Velvet aux concerts liturgiques seule à l’harmonium en passant par les prestations rock crépusculaires et droguées des dernières années ; le personnage extrême, blessé dès son plus jeune âge par un viol, qui se qualifiait d’anarchiste nazi et ne cachait pas son rejet des Noirs (son violeur l’était…) vivant sous l’emprise de l’héroïne qu’elle consommait avec son compagnon (le cinéaste Philippe Garrel) et son propre fils l’obligeant à tourner dans des conditions précaires pour satisfaire son addiction. Difficile de faire le tri tant la Chelsea Girl marqua chacune de ces postures. Le livre, à l’instar des parutions de cette collection, parcourt la biographie de l’artiste en l’émaillant du décryptage de ses albums (et de ses films moins indispensables...) qui se découvrent sous la plume de Féray beaucoup plus importants que l’idée qu’on en garde. L’auteur ressuscite avec brio une artiste maudite, talentueuse, souvent déterminée mais fatale… particulièrement à elle-même.

begaudeau4.jpg L'Ancien Régime de François Bégaudeau. Incipit
François Bégaudeau est un écrivain élégant et racé. Polymorphe aussi. Réaliste social dans Entre les Murs, nostalgique poétique dans La Blessure la Vraie ou sociologue critique dans Mick Jagger, un Démocrate, Bégaudeau touche à tout avec bonheur. Ces derniers temps c’est au théâtre entre autres qu’il donne son temps et ses mots. Répondant à l’appel de Bertil Scali qui dirige cette petite collection "inaugurale", l’auteur a choisi d’évoquer l’entrée de la première femme à l’Académie Française. Mais tomber dans le journalisme eut été trop simple, l’anecdote prenant racine très loin. Ainsi, Bégaudeau remonte à la création par Richelieu de cette fameuse assemblée qui eut pour premier rôle d’unifier la langue française alors morcelée par les idiomes régionaux. Que les allergiques à l’Histoire façon Bern ne s’affole pas, Bégaudeau brosse cette aventure dans une langue inventée par Paul Morand. Ironie, dérision et créativité sont au rendez-vous. Première femme candidate : la tragique Julie de Lespinasse, premier dictionnaire paru cinquante ans après le début des débats. Quant à l’Occupation, elle laissa la noble institution indifférente au point qu’elle n’envisagea la moindre dissolution. Pour sa part, cette bonne Marguerite Yourcenar qui ne demandait rien à personne, exilée volontaire dans le Maine, elle fut une heureuse caution. Écrivaine homme (homosexuelle...) dans un sanctuaire masculin. Disposant de peu de temps à consacrer aux travaux de vocabulaire, elle apparut à ces vieux messieurs comme l’impétrante parfaite, mettant fin – ils le croyaient – au mythe de la littérature féminine. Décédée quelques années après son intronisation, celle-ci eut le mérite d’ouvrir une brèche incolmatable. En peu de pages on apprend et on s’amuse beaucoup de ces jeux puérils au goût de petite politique.

Possédées de Frédéric Gros

Le Diable au Corps...

Lire la suite...

Ecrits Meurtriers

Lus récemment

Lire la suite...

Contre-Cultures

Lus récemment...

Lire la suite...

Sans Oublier...

Lus récemment

Lire la suite...

Considérations sur Hitler de Sebastian Haffner

Le Petit Bonhomme en Ours...

Lire la suite...

Orgasme de Chuck Palahniuk

Sex Bomb...

Lire la suite...

La Veuve Basquiat de Jennifer Clement

La petite marchande d'amulettes...

Lire la suite...

Heidegger. Catholicisme, Révolution, Nazisme de Guillaume Payen

Anatomie d'une Erreur...

Lire la suite...

Une jeunesse Sexuellement Libérée (ou presque) de Thérèse Hargot

You Porn m'a dit...

Lire la suite...

lesobsedestextuels.com est animé par Cedric BRU

Moib.jpg Le blog lesobsedestextuels.com a été fondé en 2005 par Cédric BRU, journaliste, écrivain, poète, homme de spectacle. Cédric BRU certifié et maître es lettres modernes a été critique littéraire et musical dans diverses revues (Rock&Folk, Imprévu, La Revue du Cinéma, Chemins de Traverse, Monts 14...)

Le blog avait pour vocation principale le compte rendu des soirées littéraires mensuelles des Obsédés Textuels qui se tinrent à l’hôtel Lenox Montparnasse de 2005 à 2010.

Bien connu du monde de l’édition, ami des écrivains, Cédric Bru avec plus de cinquante rencontres littéraires à son actif et plus de deux cents auteurs reçus dont des grands noms de la littérature contemporaine française tels que Yann Queffelec, Jean d'Ormesson, Lydie Salvayre, Franck Thilliez, Bernard Werber, Patrick Rambaud, Frederic Beigbeder, François Begaudeau ou Eric Halphen est un habitué de la critique et de l'animation littéraire.

Désormais principal animateur des obsedestextuels.com qui s’est au fil des ans spécialisé dans une critique assez pointue retenant particulièrement la littérature de pointe, la contreculture ou le polar contemporain, Cédric Bru ouvre régulièrement ces colonnes à des participations externes venues de son lectorat, de journalistes ou d’auteurs reconnus.

D'autre part, réunissant son goût pour la musique et l'écriture, Cédric Bru a fait paraître en 2004 un livre disque intitulé Contes Invivables qui propose aux lecteurs et aux auditeurs une plongée saisissante dans un univers sombre et désespéré qui rappelle les ambiances réalistes du roman noir et les dérives du monde du rock.
Cette approche originale a été saluée par nombre de critiques.

Le Diable et Moi de Nick Toshes

Sympathy for the Devil...

Lire la suite...

Alice Cooper de Jean-Charles Desgroux et Creedence Clearwater Revival de Steven Jezo-Vannier

Ex numéros uns mondiaux...

Lire la suite...

Covers. Une Histoire de la Reprise dans le Rock d'Emmanuel Chirache

Ça me dit quelque chose...

Lire la suite...

"Tu Me Manques" d'Harlan Coben

Rites de rencontres

Lire la suite...

Dans son Ombre de Gerald Seymour

Requiem des truands...

Lire la suite...

Interview de Diane Ducret (novembre 2014)

A l'occasion de la publication de La Chair Interdite

Lire la suite...

Viva de Patrick Deville

Il était une fois la Révolution

Lire la suite...

Archives d’Écrits Meurtriers

Archives jusqu'à d'octobre 2010...

Lire la suite...

- page 1 de 7