Les Obsédés Textuels

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Contre-Cultures

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CQ4.jpg Rock & Folk 50 Ans de Rock de Christophe Quillien. Chêne.E/P/A
Christophe Quillien est un talentueux récidiviste. En effet, il y a dix ans presque jour pour jour, il signait Génération Rock & Folk (Flammarion. 2006) qui célébrait les quarante ans du magazine musical français le plus ancien. Dix ans plus tard, coucou le revoilà… Le fondateur du titre Philippe Koechlin, aujourd’hui disparu, avait dit à Philippe Manœuvre un jour de 1996 : "Ce journal durera jusqu’en 2020". Il semblerait que cet amateur de jazz reconverti en découvreur de musiques de jeunes avait dit vrai. Où Génération Rock & Folk recensait, mélangeait et agrégeait remarquablement par mots clés l’histoire du journal mais dans une maquette noire et blanche assez rébarbative, ce Rock & Folk 50 ans de Rock par son format (et son budget) "beau livre" brille de mille feux. Les vernis et les chromes de ces épaisses pages de papier glacé rendent justice à ce titre mythique dont la publication ne s’est jamais interrompue depuis 1966. Sa galerie de rédacteurs et photographes est impressionnante (Paringaux, Adrien, Dister, Chatain, Eudeline, Chalumeau, Manœuvre, Leloir, Gassian…) Christophe Quillien a choisi de raconter l’histoire du magazine au travers de l’histoire du rock. Évident me direz-vous… Pas forcément ! S’il est un genre à manier avec des pincettes pour ne heurter personne c’est bien cette musique du Diable qu’est le rock. Quillien a sélectionné dix-sept thèmes qui ont été traités en près de 77 000 pages par le journal. Du Temps des Pionniers et Fous du Folk à Punk à After Punk et Le Retour des Guitares en passant par Le Rock Made in France et Les Filles Électriques, l’ouvrage compile photos, interviews, articles (ou leurs scans, faute de place). On s’émerveille de retrouver des couvertures qui envahirent nos chambres d’ados et de voir ressusciter des pages aux polices et maquette d’un autre siècle. Comme il y a dix ans, Philippe Manœuvre, grand timonier de la presse rock qui parle pourtant de retraite signe une préface impeccable attestant une fois encore de sa fidélité et de sa loyauté aux pères fondateurs. Pour notre part, un temps collaborateur de cette bible, nous nous réjouissons que nos fidèles lecteurs puissent retrouver certains de nos écrits aux pages 161 et 258. Le rock reconnait toujours les siens.

Lemonier2.jpg Liberté, Égalité, Sexualité de Marc Lemonier. La Musardine
Il y a une dizaine d’années l’essayiste et philosophe Michaela Marzano faisait paraître Malaise dans la Sexualité qui fit date dans le débat sur l’émergence de la pornographie dans notre quotidien. Elle y démontrait le détournement – par Internet entre autres – des valeurs hédonistes et de l’érotisme en général au profit d’une dictature de l’image pornographique contrôlée par la finance légale ou mafieuse. C’est au contraire et précisément un retour aux sources que nous offre ce superbe livre de Marc Lemonier Liberté, Égalité, Sexualité. En aucune façon cette anthologie de l’évolution des mœurs de 1954 à 1986 a pour rôle de faire débat. Tout ce qu’elle recense l’a largement fait en son temps (en fait presque tout !) Des causes politiques et sociales enfiévrées (Fhar, MLF, loi Weil, le manifeste des 343, le classé X…) aux avancées sociétales audacieuses (apparition de la mini-jupe, du monokini, épanouissement de l’amour libre, publication du tract Carpentier, film X sur Canal +...) en passant par des phénomènes artistiques constitutifs d’une sous culture sexuelle désormais bien réelles (Sade, Wilhem Reich, Hair, Lui, Emmanuelle, Gai Pied…) la sexualité a innervé la société française bousculant tous les tabous qui la régissaient depuis des lustres. Présenté comme une sorte de catalogue illustré où chaque sujet n’occupe pas plus de quatre pages, Liberté, Égalité, Sexualité s’impose déjà comme une référence dans le domaine de la sexe culture. Panorama exhaustif des changements, des conquêtes et des révolutions comportementales de ces années d’or, l’ ouvrage propose des textes courts mais documentées, une iconographie épatante remplies de pépites ainsi qu’ une maquette joyeuse sans être caricaturale. Enfin, le livre s’achève avant le tsunami que fut l’apparition du sida et l’entrée de You Porn dans les foyers comme si une parenthèse enchantée se refermait à tout jamais.

BM4.jpg In the Seventies de Barry Miles. Le Castor Astral
Nous avions eu l’occasion de chroniquer assez longuement Ici Londres ! qui documentait les contre-cultures londoniennes de 1945 aux années 2000. Barry Miles y faisait déjà montre d’un talent d’érudition et de clairvoyance artistique hors pair. In the Seventies, comme il nous le confie dans l’interview qu’il nous a accordée, est un recueil d’aventures auxquelles Miles a été directement mêlées. Et, bien sûr, ça fait tout la différence ! Dans chacun des seize chapitres qui sont autant de moment d’histoire de la contre-culture, Barry Miles était là. Non comme un critique ou un journaliste attitré mais bien davantage comme un témoin, un complice, un ami… Des auteurs beat (Burroughs, Ginsberg, Corso…) qu’il fréquente et saisi dans les années soixante et même soixante-dix (les rapports de Ginsberg avec The Clash, passionnant !) alors qu’ils sont habituellement des héros des fifties aux punks (Subway Sect, Snash Sound, The Advert…) et à Patti Smith dont il privilégie les qualités littéraires aux succès musicaux. Du mythique Chelsea Hotel à la Bowery sauvage d’avant la "boboisation", Barry Miles brosse des portraits uniques de personnages singuliers et méconnus (Herbert Huncke, Victor Bockris - futur biographe de Lou Reed -, Harry Smith, Mick Farren…) qui sont le sel de cet ouvrage précieux. Raconté avec un enthousiasme jamais pris en défaut, ces épisodes souvent intimes, ces moments parfois minuscules revêtent dès lors des habits de légende quand on les passe au tamis de l’histoire de l’underground. Barry Miles, biographe et ami de Paul MacCartney, galeriste, écrivain, intellectuel érudit et modeste, ne parle que de ce de qu’il a vécu mais il a tant de choses à dire (lire l'interview)

Embareck.jpg Jim Morrison et le Diable Boiteux de Michel Embareck. L'Archipel
Élevé au lait de la culture rock, Michel Embareck fut longtemps collaborateur du magazine Best dans les années 70/80, l’autre mensuel des musiques rythmées et de la contre-culture. Depuis une quinzaine d’années, il s’est reconverti en romancier signant quelques bons titres en Série Noire entre autres. Il nous propose ici une fiction basée sur des faits réels. Procédé littéraire couramment employé de nos jours qui consiste à rendre possibles des évènements probables. Dès lors, toute fiction devient réalité et vice versa. Embareck s’attache au mythe Jim Morrison. Il n’est pas (trop) tombé dans la litanie du chanteur maudit, poète visionnaire et génie trop tôt disparu. En effet, Embareck a le mérite de mettre en lumière fictionnée sa relation avec un autre chanteur décalqué au mythe moins flamboyant mais vivace. Gene Vincent, car c’est bien de lui dont il s’agit, va croiser la route de Morrison quand celui-ci ne veut plus être un Doors mais bien un cinéaste que son modeste diplôme de l’UCLA légitimait à ses yeux. Ces deux animaux blessé, le plus âgé par un accident de moto qui le laissera boiteux, morphinomane et alcoolique jusqu’à sa mort et le plus jeune par une volonté suicidaire servie par un éthylisme des plus rares jamais démentie jusqu’à ses vingt-sept ans, vont sceller une sorte de pacte par lequel Morrison fera un film dont Vincent sera le héros. Le chanteur traqué pour mauvaise conduite devenant ainsi un intellectuel reconnu et le créateur de Be Bop a Lula se refaisant la cerise pour payer les pensions alimentaires et autres exigences de son ex-femme. Tout ça bien sûr capotera car ni l’un ni l’autre de ces magnifiques épaves n’étaient plus en mesure d’ambitionner quoi que ce soit. L’histoire (la vraie) retiendra que, décédés à trois semaines d’écart, ces clochards célestes s’étaient pas mal fréquentés au crépuscule de leurs existences explosées. Morrison voyait en Gene Vincent un des pères fondateurs du blues blanc et un chanteur inspiré à qui le "King Lizard" venait payer sa dette.

DBF.jpg It's a Tennager Dream de Dominique Blanc-Francard & Olivier Schmitt. Le Mot et le Reste
Au tournant des années 60, le nom de Blanc-Francard était inévitablement associé à ce lunetteux énigmatique qui lançait d’improbables endroits son devenu célèbre "Salut, c’est Pop 2". Patrice Blanc-Francard réunissait en effet devant le petit écran le samedi après-midi les fans de rock sevrés d’images auxquels il proposait les retransmissions de concerts captés au Bataclan à 5 francs l’entrée !! Son jeune frère Dominique qui publie ici avec Olivier Schmitt cet Itinéraire d’un Ingénieur du Son commença de figurer dans les tablettes de 1971 à 1973 à la lecture des "crédits" des albums enregistrés au Château d’Hérouville, sorte de studios Abbey Road ou de Record Plant français. Puis, d’années en années, ce nom revint jusqu’en faire une référence. It’s a Teenager Dream retrace non seulement la carrière d’un grand professionnel mais l’histoire du son électrique en France des années 60 à aujourd’hui. Comme beaucoup, il commença comme musicien dans un groupe yé-yé Les Pingouins mais c’est très vite le son dont l’évolution des techniques était permanente qui le fascina. Il rejoignit le studio Gaffinel où il fit ses armes lui permettant de rejoindre ce vaisseau amiral que fut le Château d’Hérouville. Là, trois ans durant, il enregistra et mixa parmi les plus grands du rock de l’époque (Elton John, Pink Floyd, Cat Stevens…) Hérouville ferma prématurément en 1973 mais la réputation de DBF était faite. Au point qu’il lança l’idée d’ingénieur du son free-lance. Dès lors, il hanta tout ce que Paris et ailleurs comptait de studios renommés. Demandé par les meilleurs (Nougaro, Hardy, Gainsbourg, Eicher…), il finit par créer son propre studio le Labomatic où il enregistra entre autres les premiers disques de Sinclair, son fils cadet. Olivier Schmitt assure la narration de ce livre incontournable émaillée des nombreux souvenirs et anecdotes de DBF. Une phrase de Pascal Colomb, ami et confrère, résume parfaitement le personnage : "C’est une entité humaine et technicienne à la fois"


nanars.jpg 101 Nanars de François Forestier. Denoël
On apprécie François Forestier pour son style percutant et ravageur qui en fait un des meilleurs chroniqueurs de la pop culture. Ce 101 Nanars édité une première fois en 1996 (dont il a gardé la quatrième de couverture qui à l’exception d’un ne parle que de films ne figurant pas dans la présente édition !!) revoit le jour enrichit de nouvelles perles rares. Dans L’Obs François Forestier chassait le nanar comme d’autres la palombe et nous régalait de ses saillies irrésistibles, souvent iconoclastes. Ici, il trie ses victimes – établissant des sous genres dans le noble domaine du navet XXXL. Péplums, comédies, films d’espionnage ou brouets érotiques se font la part belle. Venus de France, d’Italie ou des États-Unis ces splendides niaiseries font notre admiration par l’audace qu’il cultive dans leur incandescente imbécilité. On retiendra entre autres Surf Nazi Must Die,' 'Persée l’Invincible, ou Flavia la Défroquée qui atteignent les sommets du grand ridicule. Pourtant, François Forestier traite chacun d’entre eux avec amour leur consacrant une notice aussi hilarante que les maigres scripts que les films donnent à voir. Ses synopsis sont brillants, décalés et confinent aux meilleurs textes d’un Desproges. On se régale. On réfléchit aussi quand Forestier s’en prend à quelques intouchables, sacralisés en leur temps comme Blow Up, Zabriskie Point (Il prend grave Antonioni !) ou encore A l’Est d’Eden. Les vérités d’un jour en cinéma ne sont pas toujours celles de demain. Le nanar à lire FF est un genre en péril car comme il l’écrit : "Le mauvais film est ennuyeux, le nanar est rigolo"'' Au train où vont les choses, il y a guère de chance que les seconds l’emportent sur les premiers.


Evénements et Biographies Malades

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SB1.jpg Les Dernières Paroles des Condamnés à Mort de Stéphane Bourgoin. Ring
Depuis que Stéphane Bourgoin a changé d’éditeur (Après Grasset déjà cinq parutions chez Ring et une à venir…) son style a pris du muscle. De là a y voir l’influence de David Serra (un temps agent et éditeur de M. G. Dantec récemment disparu) personnage controversé et as du marketing littéraire, il n’y a qu’un pas que nous n’hésiterons pas à franchir. En effet, cette écriture au couteau qui enchaine les faits divers dans une répétition macabre établissant ainsi un catalogue funèbre rappelant France Orange Mécanique de Laurent Obertone chez le même éditeur audacieux donne au travail de moine copiste de Bourgoin une sombre régularité affichée dans l’inventaire kilométrique dressé de tous ceux passés par la peine de mort et de leurs réactions. Stéphane Bourgoin cite, bien entendu, ses sources qui nous renvoient souvent à des forums et sites spécialisés sur le sujet. A retenir de ce travail unique même si parfois "assommant" nombre d’anecdotes sur la peine de mort et ses à-côtés : condamnation des femmes, professionnalisation des bourreaux, procédés employés, évolution des techniques, ratés technologiques, différences selon les peuples et les civilisations, curiosités anatomiques et médicales, préférences sociétales… Tout est passé en revue ! Rien qui ne fasse question n’est occulté. Mais ce qui justifie le titre du livre réserve des perles noires. Pour combien de convertis de la dernière heure appelant de leurs vœux la grâce divine, il y a d’irréductibles bravaches aux derniers mots dignes d’Alexandre Dumas ou de Gaston Leroux. En vrac : "c’est beau hein, l’agonie d’un homme", "Si vous avez un message à transmettre au Diable, n’hésitez pas à me le dire, je le verrais bientôt" Et celle-ci, pour nous la meilleure : "Je suis trop beau pour mourir !" Avec ce nouvel opus, Stéphane Bourgoin continue de creuser son sillon mortel et reste au top quand il s’agit d’évoquer le pire.

Girard.jpg Les Derniers Jours de René Girard de Benoit Chantre. Grasset
Mort il y a un an quasiment jour pour jour René Girard reste pour beaucoup si ce n’est un mystère – au sens chrétien du terme – au moins une énigme. En effet, ce penseur sans école et presque sans élève, n’a trouvé que peu d’écho dans le cercle philosophique de son temps. Benoit Chantre avec qui Girard signa Achever Clausewitz prépare une biographie du philosophe et propose avec Les Derniers Jours de René Girard une sorte de teasing de l’ouvrage à venir. Il mêle souvenirs personnels et interprétation de l’œuvre de cet anthropologue atypique aux vues souvent controversées. Exilé volontaire depuis 1947 aux Etats Unis où il enseignait en particulier à l’Université de Stanford, René Girard s’est fait connaître, pour faire simple, entre autres par deux concepts : le désir mimétique et le bouc émissaire. L’un comme l’autre ont imprimé durablement leur marque sur la pensée contemporaine. Contesté violemment (René Pommier) autant qu’immensément respecté (Serres, Treguer, Chantre…) Girard souffrit de son éloignement laissant ses contemporains (Levi-Strauss, Lacan, Barthes…) occuper le terrain et creuser une philosophie qui se ferait sans lui (structuralisme, pensées prométhéennes…) et de sa faible capacité à promouvoir ses thèses. On peut y rajouter, même si ne ce fut qu’en lisière, sa conversion au catholicisme qui n’eut guère l’heur de plaire aux mandarins parisiens Mauvais débatteur, professeur rigide, maitre énigmatique, Girard n’avait rien pour briller à St Germain des Près. C’est à ces manques que Benoit Chantre pallie en revenant avec précision et talent sur les thèses de celui qui fut tout de même admis à l’Académie Française en 2005. Benoit Chantre tente, plutôt avec succès – pour un ouvrage non professoral – de délabyrinther la pensée de ce philosophe capital et de ce critique littéraire ambitieux et pertinent. Essentiel pour ceux qui voudraient pénétrer l’œuvre d’un théoricien à l’avenir devant lui.

M._James.jpg Brève Histoire de Sept Meurtres de Marlon James. Albin Michel
A la fin de cet ahurissant pavé de huit cent pages, Marlon James confesse qu’il mit bien du temps à savoir qui serait le héros de ce livre hors norme. En effet, parmi une jungle de personnages constituée de tueurs à gages, dealers, politiciens véreux, journalistes opportunistes ou encore agents de la CIA, rares sont ceux qui s’attribuent la part du lion. C’est à partir de la tentative d’assassinat de Bob Marley le 3 décembre 1976 dans sa villa de Hope Road à Kingston que James déploie son intrigue dont, finalement, le principal protagoniste reste bien la Jamaïque. Hydre hystérique et menaçante, l’ile caribéenne connut dans les années soixante-dix des heures sombres où deux partis s’affrontaient relayés dans le ghetto par des criminels sans scrupules se partageant les territoires. Le Chanteur, c’est ainsi que l’auteur nomme Bob Marley, se rendra coupable d’une certaine complaisance flirtant constamment avec l’illégalité. Marley dans ce cyclone était incontestablement l’œil. Tout partait de lui et revenait vers lui. La Jamaïque sans le savoir avait engendré un monstre, faux prophète mais inégalable star qui pouvait faire et défaire les pouvoirs en place, ce que le concert pour la paix Smile Jamaica donné quelques jours après l’attentat voulait prouver. Marlon James, pas plus que ses prédécesseurs ne donne de réponses définitives sur les causes et les responsables de l’agression du chanteur (sept hommes, cinquante-six balles tirées par des pros du gun et Marley s’en sort juste blessé avec une balle dans le gras du thorax et une autre dans le bras !) En revanche, il brosse par un procédé polyphonique proche de celui employé par James Ellroy dans Underwood USA, un portrait saisissant de la Jamaïque, de ses blessures et de ses malédictions. Dans ce texte foisonnant et précis, proche d’un polar tropical, on est immergé - des années soixante aux années quatre-vingt-dix – dans les arcanes de la voyoucratie et de la sale politique quand la CIA alliée à la pègre voyait dans l’île un Cuba bis et dans Marley un Che pacifiste mais encombrant. Brève Histoire de Sept Meurtres restera dans les mémoires comme le document ultime sur les turpitudes contemporaines de l’ile du reggae où 1% de Blancs domine 99% de Noirs.

Gros.jpg Possédées de Frédéric Gros. Albin Michel
Quand on évoque les Possédées de Loudun, on parle à l’instar de Calas ou de Dreyfus, de L’affaire des Possédées de Loudun plaçant cet épisode au rang de la controverse. Laissant ainsi au doute une marge de manœuvre que l’Histoire rétrécit ou grandit à son gré. Frédéric Gros s’empare de cet événement du règne de Louis XIII après plusieurs ouvrages sur la question dont un, mémorable d’Aldous Huxley. En 1971, le réalisateur britannique Ken Russel signa avec Les Diables – sûrement sa meilleure production - un film mémorable, échevelé et lyrique sur cet événement associant politique, scandale et sorcellerie. C’est d’ailleurs de ce film volcanique et palpitant que l’auteur suit au mieux le script. L’histoire des Ursulines de Loudun et de l’Abbé Urbain Grandier connut en ces années soixante-dix un considérable retentissement à retardement, définitivement marquée pour le public français par un haletant Alain Decaux Raconte qui pétrifia ce soir-là les Français spectateurs d’une des émissions phare de la télévision de l'époque. En effet, l’affaire est une bénédiction pour un conteur ou un écrivain. Bien et Mal, Gloire et Déchéance, Culpabilité et Innocence, Pureté et Vice, Vérité et Mensonge… Tous ces concepts apparaissent dans l’histoire de Grandier et la précipitation de sa chute. Jeune abbé de Loudun dans le Poitou, Grandier est conscient de ses qualités d’orateur, de ses finesses de politique et de son charme de séducteur... ''(lire la suite...)''


Bohringer.jpg Quinze Rounds de Richard Bohringer. Flammarion
La mort plane sur ce livre. Cette mort qui a emporté tant des amis de Richard Bohringer. Cette mort qui avance de travers, en crabe. Le cancer. Il a rattrapé le bouffeur d’étoiles, le voyageur sans bagages, l’homme rempli "d’absences". Sans ce foutu cancer, pas sûr que Bohringer aurait écrit Quinze Rounds. En tout cas pas de cette manière. En retenue, en empathie. Comme s’il regrettait ses emportements et ses brouilles. Quinze rounds comme quinze chapitres de combats, de conflits, de zones de guerre. Contre la filiation difficile d’abord (fils de Boche...), l’héroïne ensuite puis l’alcool. Bref, la marginalité comme on disait à son époque. "Je n’ai pas de génie" écrit-il à tort ou à raison. Il rajoute qu’il a toujours été étonné du succès qu’il a remporté. Pourtant son génie ne doit qu’à cette extrême singularité du personnage. Irremplaçable braillard, griot blanc coureur de savanes hérissées de malheur. Le livre raconte ses rencontres avec les acteurs (souvent aimés), les amis (souvent disparus), les femmes (mal ou top aimées) et les voyages qui constituèrent souvent le seule cachet pour un film improbable. Quand on lit Bohringer, on écoute Nougaro, un peu Lavilliers... Il est fait du même bois que ces insupportables hâbleurs au souffle jupitérien. Cet homme aura été écrivain, chanteur, acteur, voyageur et… humain ! Un des plus beaux hommages qu’il rend dans ce beau livre nonobstant sa famille et sa fille Romane va à Bernard Giraudeau, frère de douleur, et à son film sidérant de beauté Les Caprices d’un Fleuve. Cet homme emporté après une résistance de 10 ans à la maladie apparait sous la plume de Bohringer comme le frère parfait que Richard, le vilain petit canard, aurait voulu avoir.

DDucret.jpg Lady Scarface de Diane Ducret. Perrin
D’une condition l’autre. De la vie intime des Femmes de Dictateurs aux statuts bafoués des femmes à travers les différentes figures qu’elle ont prises aux cours des siècles, en passant par une savoureuse description de ce que pourrait être "l’homme idéal", Diane Ducret creuse son sillon d’une étude précise, historique et stylée de la "féminitude". Ici, c’est sur les femmes de voyous, les fiancées de la poudre qu’elle porte ses recherches. Précisément sur celles des années trente. Filles de la pègre de Chicago réunies sous l’accrocheur sobriquet de Lady Scarface. On y retrouve tout ce qui a fait la réussite et le talent de ses Femmes de Dictateurs : minutie des recherches, habileté du schéma narratif et efficacité du style. Non seulement, Diane Ducret met en scène ces égéries particulières qui ont pour nom : Mae Capone, Kathryn Kelly, Louise Rolfe, Bonnie Parker ou Virginia Hill, précise leur rôles souvent capitaux auprès des plus grands truands (Al Capone, Juhn Dillinger, Bugsy Siegel ou Clyde Barrow) les aidant à commettre parfais les pire méfaits mais aussi jouant le simple rôle de femme aimante et dévouée. Une fois encore, l’auteure n’oublie pas d’expliquer les causes du mal (envie de mener une autre vie, révolte contre le carcan des bonnes manières et des préceptes bourgeois…) mais aussi de poser les diagnostics prononcés à l’époque par la société sur ces femmes indomptables qui personnifient et incarnent le vice par leurs comportements excessifs et leurs passions mortifères pour de sombres crapules. A bien lire, on est confronté dans ces attitudes délinquantes liées à l’éclosion de l’argent sale, à une nouvelle génération de femmes dont l’émancipation violente annonce quelque part celles que l’on connaitra dans les arts ou les droits civiques. Mae Capone, la plus sage d’entre toutes, incarne à merveille Lady Scarface et sa vie avec Al Capone est un peu le fil rouge de ce livre de passion et de sang. Mae Capone, gentille irlandaise discrète qui aima toute une vie de difficultés un bouillant italien. Dieu reconnaitra les siens !

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lesobsedestextuels.com est animé par Cedric BRU

Moib.jpg Le blog lesobsedestextuels.com a été fondé en 2005 par Cédric BRU, journaliste, écrivain, poète, homme de spectacle. Cédric BRU certifié et maître es lettres modernes a été critique littéraire et musical dans diverses revues (Rock&Folk, Imprévu, La Revue du Cinéma, Chemins de Traverse, Monts 14...)

Le blog avait pour vocation principale le compte rendu des soirées littéraires mensuelles des Obsédés Textuels qui se tinrent à l’hôtel Lenox Montparnasse de 2005 à 2010.

Bien connu du monde de l’édition, ami des écrivains, Cédric Bru avec plus de cinquante rencontres littéraires à son actif et plus de deux cents auteurs reçus dont des grands noms de la littérature contemporaine française tels que Yann Queffelec, Jean d'Ormesson, Lydie Salvayre, Franck Thilliez, Bernard Werber, Patrick Rambaud, Frederic Beigbeder, François Begaudeau ou Eric Halphen est un habitué de la critique et de l'animation littéraire.

Désormais principal animateur des obsedestextuels.com qui s’est au fil des ans spécialisé dans une critique assez pointue retenant particulièrement la littérature de pointe, la contreculture ou le polar contemporain, Cédric Bru ouvre régulièrement ces colonnes à des participations externes venues de son lectorat, de journalistes ou d’auteurs reconnus.

D'autre part, réunissant son goût pour la musique et l'écriture, Cédric Bru a fait paraître en 2004 un livre disque intitulé Contes Invivables qui propose aux lecteurs et aux auditeurs une plongée saisissante dans un univers sombre et désespéré qui rappelle les ambiances réalistes du roman noir et les dérives du monde du rock.
Cette approche originale a été saluée par nombre de critiques.

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