Les Obsédés Textuels

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Ecrits Meurtriers

Lus récemment

Pyper.jpg Le Démonologue de Andrew Pyper. L'Archipel
Sous-genre du polar ésotérique, le thriller satanique est plus radical. Destiné à nous bousculer dans nos plus profondes certitudes, il doit aussi maintenir la part de fiction suffisante à constituer une réelle intrigue.Le Démonologue d’Andrew Pyper dont les droits cinématographiques ont été déjà achetés par Universal devrait faire un carton sur grand écran. Lorgnant davantage vers L’Exorciste et La Malédiction que le Da Vinci Code, Le Démonologue met en scène un professeur de faculté, David Ullman, spécialisé dans l’étude du Paradis Perdu de Milton qui, comme chacun sait, décrypte le sombre destin de Satan, ange déchu devenu l’incarnation du Mal dans la religion chrétienne. Ullman, plutôt sceptique ne mélange pas histoire de la littérature et satanisme à bon marché jusqu’à la visite d’un inconnu venu lui proposer de se rendre à Venise pour y étudier des phénomènes qui pourraient être reliés à son domaine de compétences. Curieux et ravi de pouvoir faire découvrir la Ville des Doges à sa fille, David accepte. Dès lors, et c’est bien là où le cinéma devrait se tailler la part du lion, phénomènes para normaux et scènes d’actions horrifiques se succèdent. Tess, la fille du professeur disparait et ce dernier désormais convaincu qu’il est la proie de l’Innommé, en l’occurrence Belial un des fidèles serviteurs du Malin, va se lancer dans une folle poursuite pour retrouver son enfant aux prises avec l’armée du Diable. Ainsi chroniqué, on pourrait penser à un énième thriller terrifique aux effets prévisibles. Il n’en est rien. L’écriture est subtile, l’intrigue originale et énigmatique, les personnages troublants et les thèses exposées nourries aux meilleures sources. Jusqu’à la fin tombant lentement comme la goutte d’une carafe de Murano


Le_ROY3.jpg Marilyn X de Philip Le Roy. Le Cherche Midi
La littérature complotiste a ses chouchous. Ces stars que d’aucuns croient bel et bien disparues et qui couleraient des jours heureux loin des regards du monde. Elvis Presley, Jim Morrison, Lady D, Mickael Jackson, Claude François ou Dalila entre autres. Pour les défenseurs de ces thèses, les faux disparus ont voulu retrouver un paisible anonymat que leur vie étincelante hypothéquait lourdement. Philip Le Roy que nous avons soutenu dès 2005 et son Dernier Testament, s’empare du cas de Marilyn Monroe qui occupe une place de choix dans cette liste macabre et dont la mort fut, certes avérée, mais les conditions de celles-ci restées à jamais obscures. Le Roy en spécialiste du thriller occultiste échafaude une intrigue basée sur la découverte de carnets écrits par on ne sait qui et découverts par un couple de voyageurs dans l’incendie d’une ferme américaine loin de tout, en territoire navajo. Ces carnets révèlent que Marilyn ne s’est ni suicidée, ni n’a été victime d’un assassinat commandité par les Kennedy ou la Mafia, mais a voulu fuir définitivement ce marigot hollywoodien dans lequel elle se perdait un peu plus tous les jours. Elle aurait organisé sa disparition en faisant chanter Bobby Kennedy le menaçant de révéler ses rapports avec le Président. Depuis cette nuit du 5 aout 1962, elle vivrait encore, retirée. Au fur et à mesure que le couple avance dans leur lecture, Marilyn apparait comme une femme à la grande sensibilité, poétesse à ses heures, que le monde du cinéma ne voulut jamais considérer à sa juste valeur. On tombe parfois dans l’invraisemblance et le rocambolesque. Mais n’est-ce pas aussi tout le charme d’un thriller conspirationniste ?

PKerr.jpg Le Mercato d'Hiver de Philip Kerr. Le Masque
Il nous a paru plus pertinent d’attendre la fin de l’Euro 2016 pour publier cette chronique du Mercato d’Hiver. En effet, après un mois vécu au rythme du football, de ses joueurs, ses supporters, ses spécialistes, ses rites et ses arcanes, le livre de Philip Kerr propose une toute autre résonance. On sait l’attachement que nous portons à cet auteur écossais et à la série des Bernie Gunther qui l’a rendue mondialement célèbre faisant de lui un spécialiste incontesté de l’histoire du IIIe Reich. On ne s’attendait pourtant pas à voir Kerr balancer soudain du côté du ballon rond. Le génial David Peace avait il y a quelques années proposé un très pointu Rouge ou Mort (cf. archives) dans lequel il brossait la biographie footballistique de Bill Shankly, manager historique de Liverpool. Philip Kerr lui emprunte une phrase quand il écrit : "Certains pensent que le football est une question de vie et de mort… Je peux vous assurer que c’est beaucoup, beaucoup plus important que ça". Kerr avec son confondant talent de narrateur supra documenté nous plonge dans le quotidien d'un club de foot londonien imaginaire (qui ressemble assez à Arsenal dont l’auteur est supporter) où est commis le meurtre du manager général. C’est Scott Manson, l’entraineur – ancien joueur et ancien détenu condamné par erreur - qui va être chargé par le propriétaire ukrainien du club de découvrir le coupable. Philip Kerr applique les mêmes recettes que dans les "Bernie" - un peu trop peut-être. Scott Manson est très proche de l’Allemand par son côté rationnel, rusé, retors et rebelle. Personnage charismatique, il nous guide dans un univers passionnant fait de bruits, de fureurs et d’intérêts. A regretter toutefois une intrigue un peu faible. Soyons certains que dans le prochain match annoncé pour la rentrée d’automne, Philip Kerr affinera son système de jeu.

PC5.jpg Mortel Sabbat de Preston & Child. L'Archipel
Après le rythme endiablé des deux dernières aventures d’Aloysius Pendergast, Mortel Sabbat opère comme une bombe à retardement. En effet, ce nouvel opus débute comme une enquête de Columbo et s’achève en une sorte d’Amityville… Nous ne redirons pas tout le bien que nous pensons des folles péripéties vécues par le héros de Preston & Child depuis La Chambre des Curiosités (2003). En dépit des outrances, des invraisemblances et du fracas que contient chaque titre, on est sans cesse ébloui par l’inventivité, l’érudition, le romantisme et le décalage de cette saga. Ici, Pendergast, sur la seule foi de sa réputation est engagé comme détective par un riche sculpteur d’Exmouth dans le Massachusetts à qui on a dérobé sa cave de vins précieux. Accompagné de sa pupille surdouée Constance Greene qui prend dans ce nouveau chapitre une place décisive, Pendergast va mettre son acuité coutumière au service d’une impossible enquête où se mêlent sorcellerie (l’histoire se passe à côté de Salem...), meurtres anciens et crapuleux commis par des naufrageurs fondateurs de la ville d’Exmouth, abominables secrets de familles, remontée dans le temps et métempsychose (dont Pendergast a le secret…) et chasse aux démons meurtriers. Preston & Child ont choisi dans Mortel Sabbat de creuser leur sillon fétiche de l’occultisme d’une manière qui n’emprunte jamais au style ésotérique et galvaudé initié en son temps par le Da Vinci Code. On pourra regretter que seuls Constance et Aloysius parmi les héros récurrents n’apparaissent dans cet acte limitant ainsi les histoires parallèles et les rebondissements (on en veut toujours plus…) mais la fin nous rassure illico face à ce qui nous attend dans une inéluctable suite. Vite !

WWalker.jpg Tout n'est pas Perdu de Wendy Walker. Sonatine
Tout n’est pas Perdu est un livre terrible. Singulier et révolutionnaire. Depuis La Maison du Dr Edwards et Avant d’Aller Dormir en passant par l’œuvre de Jonathan Kellermann entre autres, la figure du psychiatre hante le thriller. Médiateur intimidant et traqueur de névroses, il occupe pourtant rarement le devant de la scène - sa science le ramenant au rôle de comparse de luxe. Ici, et par le jeu d’un schéma narratif époustouflant nous ne découvrons qu’à la page 73 que le narrateur est un psychothérapeute ayant affaire dans le secret de son cabinet à l’ensemble des protagonistes du drame. Allan Forrester suit la petite Jenny Kramer, victime d’un viol odieux, et qui a subi un traitement post traumatique destiné à lui faire oublier la terrible épreuve. Mais, il reçoit aussi ses parents démolis par l’événement et cherchant à faire la lumière sur le crime. Wendy Walker, pourtant avocate, s’adresse à son lecteur en psychiatre averti. Comme Irvin Yalom sait si bien le faire par exemple. Elle laisse à Alan Forrester les clés d’une voiture qui va très vite s’emballer quand celui-ci découvre que son propre fils pourrait être l’auteur du viol. Dès lors, nous assistons à un savant retournement de situation où le thérapeute met en place une stratégie dévoyée qui va à l’encontre de toute déontologie en brouillant les pistes et en influençant ses patients. Rarement nous a été donné d’être confronté à une intrigue si puissamment et si subtilement menée. Car, l’effet recherché par l’auteure est davantage la machinerie – au sens théâtral du terme – mise en place que les raisons et les auteurs du drame néanmoins finalement identifiés. Dans cette défense obsessionnelle et quasi animale de son enfant dont nous vous laissons le soin de découvrir le niveau d’implication, le psychiatre démiurge se range du côté des âmes grises et corrompues.

Delzongle.jpg Quand la Neige Danse de Sonja Delzongle. Denoël
Généralement nous ne sommes guère sensibles aux polars français se déroulant aux Etats Unis. En effet, il est rare d’y retrouver l’ambiance si particulière propre à la littérature policière anglo-saxonne. Pourtant, Sonja Delzongle évite magistralement ce premier écueil au point que notre premier réflexe fut de chercher le nom… du traducteur ! Écriture sans bavure, psychologie des personnages proche des reines du frisson (Hayder, Gerritsen…) et ambiance Amérique profonde garantie. Après ce pari remporté, Sonja Delzongle dont le premier roman Dust avait souligné la singularité, devait convaincre avec une intrigue à la hauteur des espoirs placés en elle. Elle y réussit quasi parfaitement avec cette sombre histoire de fillettes disparues à Crystal Lake. Illinois. Quatre gamines enlevées dont chacune des familles a reçu des poupées aux cheveux humains et aux vêtements correspondant à ceux des disparues comme un avertissement ou une compensation… L’un des malheureux papas, le Dr Joe Lasko, va faire appel à une détective privée accompagnée de Hanah Baxter la fameuse profileuse au pendule. Dès lors, va se mettre en branle une épineuse enquête truffée d’horreurs et de fausses pistes. C’est précisément ici – dans la complexité de l’intrigue que Sonja Delzongle pèche un peu par excès de détails. On se retrouve parfois un peu perdu face à la complexité des faits que, il est vrai, chérissent les auteurs américains. Reste un thriller efficace, remarquablement écrit et dont l’originalité souligne encore davantage la place désormais importante de son auteur dans le concert des nouveaux maitres du suspense.

Border Lignes

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Cahalan.jpg Ma Vie en Suspens de Susannah Cahalan. Denöel
Qui n’a jamais – à la faveur d’une brève hallucination, d’une perte de mémoire ou d’un terrible chagrin – redouté de devenir fou ? Cette crainte séculaire qui touche les humains marque pour tous un point de non-retour fatal et un horizon qu’Alzheimer a rapproché. Au début de son récit, Susannah Cahalan est loin de tout ça. Elle a vingt-quatre ans, en pleine santé, habite Hell’s Kitchen et travaille comme journaliste au Post. Soudain, tout va basculer et son état mental et nerveux va se dégrader à toute allure. Crises d’épilepsie à répétition, comportements psychotiques, agressivité et pertes de mémoire vont constituer les premiers symptômes qui seront diagnostiqués comme des réactions à un sevrage alcoolique, elle qui ne boit pas plus… de deux verres de vin par jour ! Dans Ma vie en Suspens, le projet ambitieux de Susannah Cahalan est de dresser la chronique de sa folie comme un journal écrit avant, pendant et après sa plongée dans l’horreur de la démence brutale, la faisant ressembler à l’héroïne de L’Exorciste. Atteinte d’un mal extrêmement rare (encéphalite à anticorps anti-récepteurs NMDA) ou du moins quasiment jamais établi, elle va être sauvée par un médecin d’origine syrienne à la perspicacité et aux qualités humaines hors du commun. Grâce à ce praticien et à son équipe, Susannah va progressivement sortir d’un enfer médical et psychologique qui font froid dans le dos. Par un traitement extrêmement lourd qui coutera un million de dollars ( !), Susannah Callahan redeviendra elle-même et pourra écrire d’abord un article Mon Mystérieux Mois de Démence et ce livre difficile à la grande documentation médicale, écrit en particulier pour aider les malades et les familles liés de près ou de loin à cette horrible maladie

CCastillon.jpg Les Messieurs de Claire Castillon. L'Olivier
Il y a quelque chose du domaine du mépris, du dégout… de la vengeance même dans ce subtil et dérangeant Les Messieurs de Claire Castillon. En effet, la meilleure auteure française livre le long de 21 textes consacrés à des amours décalés (jeunes femmes et vieux messieurs) de petites histoires délavées, ironiques et blessées. Loin d’un Adolphe archétype du roman d’initiation traversé par la douleur, d’un Lolita (ces femmes sont adultes…) et les Messieurs ne sont pas nympholeptes comme Humbert Humbert, ou des péripéties d’un Matzneff, magnifiées dans des romances au sucre pervers. Les Messieurs met en scène des jeunes femmes (autour de 20/25 ans – certaines sont même mamans) attachées (pourquoi ? on ne le saura jamais vraiment) à des hommes finissants, flétris, sans charme. L’auteure prend délibérément le parti du désintéressement, de la froideur, de la narration réaliste où l’amour tel qu’on l’entend peine à trouver sa place. En lisière, ce dernier est subalterne, présent mais maltraité. Il a existé, existe, mais pourquoi, pour combien de temps ? Nul ne le sait. Ne cherchez pas dans ces textes tranchants, féroces mais saturés d’ironie quelque romantisme idéalisé. Ces jeunes femmes sont avec des hommes vieux, parcheminés, mariés parfois et elles en font le rapport comme l’on établit un carnet de santé. Avec humour souvent, elles décrivent leur relation sans donner l’envie de les imiter. Jamais primesautières, ces nymphettes donnent à Claire Castillon l’occasion une nouvelle fois de creuser ce fossé fangeux qui règne entre les hommes et les femmes.

NMattei.jpg Les Amours Anormales de Noël Matteï. E38
Il est fréquent que nous soyons sollicités par des maisons d’éditions confidentielles ou par des auteurs eux-mêmes pour rendre compte de leur travail. Les plus pertinents se calant sur notre ligne éditoriale. Notre accueil est généralement bon d’autant que souvent les textes sont de bonne facture. Les Amours Anormales de Noël Matteï s’inscrit dans ce type de rencontres. Évitant comme toujours de lire les quatrième de couverture qui feraient passer n’importe quel roman de gare pour du Le Clezio, nous avons donc pris à bras le corps ce long poème amoureux tournant au drame criminel et en sommes ressortis essorés comme exsangues. Qu’en est-il donc pour qu’un critique rompu aux pires situations se trouble comme un jeune copiste ? Matteï met en scène banalement et sans effet de style ni de décor deux collègues de bureau – style dans le numérique – dont un des deux Carol, dévasté par la mort de son jumeau dix ans plus tôt, cherche à retrouver cette gémellité dont on sait qu’elle est proche de l’amour avec Thomas, métrosexuel type dont il partage les pause clopes depuis des années au boulot tout en s’imaginant être son "absurde obsessionnel". Ni ami, ni amant, ni frère, Carol brule que Thomas lui trouve une place inédite dans sa vie, à part. Dès lors, on l’a compris, nous pénétrons le règne de l’idée fixe, le territoire de l’obsession où la manipulation et la folie vont dévaster tout sur leur passage. Le talent de Matteï, musicien de formation, réside principalement dans la création d’un climat très particulier saturé de tension, vidé de toute logique, élégiaque et hanté. Il aime y rajouter une bande son très indé qui affute davantage les sens. Cette beauté cruelle font de ce second roman une pièce de choix dans le difficile exercice des rapports au délire psychologique

dor.jpg Les Méduses Ont-Elles Sommeil ? de Louisiane C. Dor. Gallimard
Depuis Confessions d’un Mangeur d’Opium de Thomas de Quincey, il existe une littérature "droguée" qui témoigne généralement de malaises générationnels et de vides existentiels mais aussi de plaisirs assumés. Des Paradis Artificiels de Baudelaire aux romans de Guillaume Dustan (Je Sors Ce Soir), Anne Scott (Héroïne) ou Patrick Eudeline (Ce Siècle Aura ta Peau) en passant par Le Feu Follet de Drieu La Rochelle, ce sont des parcours hantés qui s’offrent à nous. Itinéraires jalonnés du seul besoin du "produit" variable selon les époques et les musiques qui rythment ses prises. Louisiane C. Dor a un pseudo aussi peu convaincant que le titre de son court récit mais si nous avons retenu ce dernier c’est pour l’intensité de sa vérité, la force de sa candeur et la terrible pertinence de son propos délétère. Hélène, la jeune héroïne de ce texte létal, passe de l’extrême bien être – celui que seules la cocaïne ou la MDMA (Ecstasy) peuvent procurer (capacité intellectuelles décuplées, confiance en soi, proximité aux autres…) à l’extrême abandon de soi-même (perte de l’appétit, du sommeil, de l’estime de soi…) On la suit dans ces différentes étapes au cours de nuits électriques lors desquelles règnent la loi de l’oubli et la foi en la jeunesse éternelle. Accompagnée de ses amies lesbiennes et de petits copains aspirés par la drogue, l’auteur ne dissimule rien des bonheurs et des affres, affirme sa confiance dans l’avenir sans oublier de dire que le futur peut finir dans le mur de l’addiction : "Tous les gosses – moi compris – s’imaginent un avenir scintillant (…) Jamais aucun gosse et encore moins moi-même – n’a jamais prédestiné sa vie dans les limbes du rien". La justesse de ce récit consiste principalement dans cette triste et perverse bascule affreusement manichéenne qui conduit du plaisir à la douleur. De la vie à la mort.

Bertin.jpg Retour de Bâtard de Jérôme Bertin. Al Dante
Nous avons créé cette rubrique Border Lignes pour des textes tels que Retour de Bâtard. Littérature de grands brulés et de punks à chiens. De visionnaires et de laissés pour compte... Jérôme Bertin se qualifie de bâtard. Il y a quelque temps, on aurait dit lascar, encore avant rebelle, hooligan, enfin anar ou autonome… Il y a le choix dans le compte rendu du passage technique de sa vie déglinguée. Bertin est un écrivain qui touche l’AAH, auteur handicapé, écrivain pensionné quoi ! Mais n’allez surtout pas lui parler du système. Ni des bobos, ni des poètes (qu’il fut) ! C’est un haineux Jérôme, une boule de nerfs barbelée par la beuh, le Xeroquel et la bibine. Bagarreur avec ça. Dans les soirées mondaines (il y est invité ?) il donnerait du saton. Revenons à l’écriture. La sienne est farouche et mutilée. Entre le Mehdi Belhaj Kacem de 1993 et Antonin Artaud des Lettres de Rodez en passant par le Dantec du Théâtre des Opérations en plus ramassé et punchy. Bref, du style des gens qui ne s’aiment pas mais qui voudraient qu’on les aime. Bertin est un talentueux qui hésite à ce que ça se sache. Son équation est oblique : Vivre comme une merde sous Lexomil et YouPorn – Écrire sur un morceau de carton des textes au cran d’arrêt = auteur maudit à repêcher d’urgence pour ne pas finir avant 50 ans comme Alejandra Pizarnik ou Kathy Acker, ces désintégrées qu’il aime à citer. Pour notre part, on a joui de sa littérature de combat, sa mésestime de soi, ses élans universalistes (un peu consensuels…) et ses lignes footeuses (quelles pages n’aurait-il pas écrit si plus jeune il avait connu George Best ou Johann Cruyff ? ) Seuls ses jeux de mots dignes souvent de L’Almanach Vermot ("je défais ma braguette magique et mon mat gicle") énervent un peu. Mais dans tout ce cloaque, il faut bien se marrer !

orgasme2__2_.jpg Orgasme de Chuck Palahniuk. Sonatine
Comment l’illustrateur de la couverture d’Orgasme et à fortiori son tonitruant auteur n’aurait pas pensé à la cultissime BD érotique des années 70 Le Déclic du génial Milo Manara mettant alors en scène une superbe nymphette dont la libido était contrôlée par un savant pervers qui déchainait les sens de la belle à son gré grâce à son infernal interrupteur. Bien sûr, Chuck Palahniuk savait tout ça et va bien plus loin en explorant la face noire du plaisir féminin, celle de l’addiction, de la funeste technologie qui fait mourir de plaisir. Reprenons l’intrigue car – une fois n’est pas coutume – Orgasme est peut-être (depuis Fight Club ?) le premier opus du maître de Portland facile à lire. Roman piège qui commence comme une romance sexy et finit en Apocalypse neuro psychique. Penny Harrigan, futur avocate, rencontre dans des circonstances aussi hasardeuses que peu flatteuses l’homme le plus riche du monde Linus Maxwell qui compte déjà à son tableau de chasse la reine d’Angleterre, la Présidente des États Unis et la plus grande actrice du monde… Rien que ça ! Pourquoi moi se demande Penny ? Laissons planer le suspense. L’homme est follement séduisant et terriblement attiré par sa muse. Bientôt, Penny va découvrir que la sexualité de Linus n’est qu’une terrible série d’expériences neuro scientifiques portant sur le plaisir féminin qu’il veut infini... (lire la suite)

Kaprielan.jpg Veronica de Nelly Kaprièlan. Grasset
Depuis une vingtaine d’années fictionner les biographies de célébrités de l’Histoire, de l’art ou du spectacle est, davantage plus encore qu’une mode, devenu un genre à part entière. Les stars d’Hollywood en sont souvent les meilleurs exemples. Récemment, il y eu Frances Farmer autopsiée par Mathieu Larnaudie. Un peu plus avant Simon Liberati avait fantasmé sur Jayne Mansfield. Nelly Kaprièlan, quant à elle, s’était pour son premier roman Le Manteau de Garbo essayé avec bonheur à l’exercice. Veronica, marque définitivement l’envol de "l’inrockuptible" comme romancière, essor longtemps retenu par son statut de journaliste littéraire. Entre évocation, reconstitution, illusion et autofiction Veronica nous ramène dans les années 40 à Hollywood où, entre Ava, Lana et Rita la sublimissime "femme cyclope" dont la chevelure cachait un œil créant ainsi le style peekaboo, Veronica Lake essaya sublimement d’exister... jusqu’à 22 ans ! Après tout était plié pour elle. Faute aux mauvais nerfs et aux Mint Julep. En quelques soixante pages, Kaprièlan nous brosse un portrait subliminal de la star aux cheveux fous. S’inspire de son enfance, de la manie de sa mère à l’inscrire aux concours de beauté, de son gout précoce pour l’alcool et de ses films bancals. Et, page 61, la narratrice prend le relais et le je désormais domine un roman noir post-chandlerien. Exutoire et combat de mots. Envoyée enquêter sur la fin de la (d’une..) star, la journaliste va se perdre dans un théâtre d’ombres duquel s’échappe de mystérieuses créatures qui la renvoient toujours vers Veronica. Il y a du Mulholland Drive et du LA Confidential dans ce roman subtil et obsédant dans lequel, telle une mise en abyme de ses propres concepts (Lunar Park), apparait Brett Easton Ellis forcément désabusé.

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lesobsedestextuels.com est animé par Cedric BRU

Moib.jpg Le blog lesobsedestextuels.com a été fondé en 2005 par Cédric BRU, journaliste, écrivain, poète, homme de spectacle. Cédric BRU certifié et maître es lettres modernes a été critique littéraire et musical dans diverses revues (Rock&Folk, Imprévu, La Revue du Cinéma, Chemins de Traverse, Monts 14...)

Le blog avait pour vocation principale le compte rendu des soirées littéraires mensuelles des Obsédés Textuels qui se tinrent à l’hôtel Lenox Montparnasse de 2005 à 2010.

Bien connu du monde de l’édition, ami des écrivains, Cédric Bru avec plus de cinquante rencontres littéraires à son actif et plus de deux cents auteurs reçus dont des grands noms de la littérature contemporaine française tels que Yann Queffelec, Jean d'Ormesson, Lydie Salvayre, Franck Thilliez, Bernard Werber, Patrick Rambaud, Frederic Beigbeder, François Begaudeau ou Eric Halphen est un habitué de la critique et de l'animation littéraire.

Désormais principal animateur des obsedestextuels.com qui s’est au fil des ans spécialisé dans une critique assez pointue retenant particulièrement la littérature de pointe, la contreculture ou le polar contemporain, Cédric Bru ouvre régulièrement ces colonnes à des participations externes venues de son lectorat, de journalistes ou d’auteurs reconnus.

D'autre part, réunissant son goût pour la musique et l'écriture, Cédric Bru a fait paraître en 2004 un livre disque intitulé Contes Invivables qui propose aux lecteurs et aux auditeurs une plongée saisissante dans un univers sombre et désespéré qui rappelle les ambiances réalistes du roman noir et les dérives du monde du rock.
Cette approche originale a été saluée par nombre de critiques.

Le Diable et Moi de Nick Toshes

Sympathy for the Devil...

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Alice Cooper de Jean-Charles Desgroux et Creedence Clearwater Revival de Steven Jezo-Vannier

Ex numéros uns mondiaux...

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Covers. Une Histoire de la Reprise dans le Rock d'Emmanuel Chirache

Ça me dit quelque chose...

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"Tu Me Manques" d'Harlan Coben

Rites de rencontres

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Dans son Ombre de Gerald Seymour

Requiem des truands...

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Interview de Diane Ducret (novembre 2014)

A l'occasion de la publication de La Chair Interdite

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Viva de Patrick Deville

Il était une fois la Révolution

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Archives d’Écrits Meurtriers

Archives jusqu'à d'octobre 2010...

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Le Paradis n'est pas pour Nous de Graham Hurley

La Cage de Faraday

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